Comment découper une formation en petites étapes ? La méthode de la progression pédagogique

Vous vous demandez comment structurer une formation pour faciliter l’apprentissage et permettre à vos apprenants de progresser étape par étape ?

Que vous conceviez une formation d’une journée, une classe virtuelle, un parcours de plusieurs semaines ou une formation diplômante, le découpage de votre contenu joue un rôle essentiel dans la réussite pédagogique.

Un programme trop dense peut rapidement provoquer une surcharge cognitive. À l’inverse, une progression pédagogique bien construite permet à l’apprenant d’acquérir progressivement les connaissances, de les mettre en pratique et de développer de véritables compétences professionnelles.

Dans cet article, je vous explique comment découper une formation en petites étapes en vous appuyant notamment sur la taxonomie de Bloom, les objectifs pédagogiques et la pédagogie active.

🎥 J’ai également réalisé une vidéo sur cette méthode.

Comment je découpe ma formation en petites étapes ?

Pourquoi découper une formation en petites étapes ?

Lorsque l’on maîtrise parfaitement un sujet, il est tentant de vouloir transmettre beaucoup d’informations en peu de temps.

Mais ce qui semble évident pour le formateur ne l’est pas nécessairement pour l’apprenant.

Une formation efficace ne consiste donc pas à transmettre le maximum de connaissances.

Elle consiste à organiser les apprentissages pour permettre à l’apprenant de progresser progressivement vers l’autonomie.

Le découpage pédagogique permet notamment de :

  • faciliter la mémorisation ;
  • réduire la surcharge cognitive ;
  • donner des repères à l’apprenant ;
  • alterner théorie et pratique ;
  • vérifier régulièrement les acquis ;
  • favoriser le transfert des compétences ;
  • permettre à l’apprenant de prendre progressivement confiance.

L’idée est simple : ne pas demander à l’apprenant de franchir dix marches en une seule fois.

La progression pédagogique : construire un parcours étape par étape

La progression pédagogique correspond à la manière dont vous allez organiser les apprentissages pour conduire progressivement l’apprenant vers les compétences visées.

Pour construire cette progression, la taxonomie de Bloom constitue un outil particulièrement intéressant.

Elle permet de réfléchir au niveau de complexité attendu et de faire évoluer progressivement les activités proposées.

On peut ainsi construire une progression comme un escalier :

Mémoriser → Comprendre → Appliquer → Analyser → Évaluer → Réajuster

Chaque étape prépare la suivante.

Les 6 étapes pour découper une formation

1. Mémoriser et identifier

C’est la première étape de l’apprentissage.

L’apprenant découvre les notions essentielles et doit être capable de les identifier ou de les restituer.

Il peut par exemple apprendre :

  • un vocabulaire professionnel ;
  • des concepts ;
  • des outils ;
  • des règles ;
  • des étapes d’une procédure ;
  • des caractéristiques d’un produit.

À ce stade, il ne lui est pas encore demandé de maîtriser complètement la compétence.

Il doit d’abord disposer des connaissances nécessaires pour pouvoir progresser.

Exemples d’activités

Vous pouvez utiliser :

  • des flashcards ;
  • un quiz ;
  • un jeu de cartes ;
  • un brainstorming ;
  • un classement ;
  • un exercice d’association.

La ludopédagogie peut être particulièrement intéressante dès cette première étape pour rendre la découverte des notions plus active.

2. Comprendre

Connaître une information ne signifie pas forcément la comprendre.

L’apprenant doit maintenant être capable d’expliquer avec ses propres mots ce qu’il a appris.

Il peut par exemple expliquer :

  • le fonctionnement d’un outil ;
  • l’objectif d’une procédure ;
  • la raison d’une règle ;
  • les conséquences d’une décision.

Le formateur peut alors vérifier que l’apprenant ne s’est pas contenté de mémoriser une définition.

Exemples d’activités

Vous pouvez proposer :

  • des questions ouvertes ;
  • des échanges en binôme ;
  • une reformulation ;
  • une carte mentale ;
  • une explication à un autre participant ;
  • un débat.

3. Appliquer : passer à la pratique

C’est une étape essentielle dans une formation professionnelle.

L’apprenant doit maintenant utiliser ce qu’il vient d’apprendre.

On passe de :

« Je sais »

à :

« Je sais faire. »

C’est ici que les mises en situation professionnelles prennent toute leur importance.

Exemples

Un apprenant en formation de formateur peut :

  • préparer une séquence pédagogique ;
  • animer une activité ;
  • construire un objectif pédagogique ;
  • réaliser une évaluation.

Un manager peut :

  • conduire un entretien ;
  • donner un feedback ;
  • gérer une situation difficile.

Un professionnel de la relation client peut :

  • traiter une réclamation ;
  • conduire un entretien ;
  • répondre à une objection.

L’objectif est de rapprocher l’activité pédagogique de la réalité professionnelle.

4. Analyser

L’apprenant va maintenant prendre davantage de recul.

Il ne s’agit plus seulement d’appliquer une méthode.

Il doit être capable d’analyser une situation, de mettre en relation plusieurs éléments et d’identifier ce qui fonctionne ou ce qui pose problème.

Exemples d’activités

Vous pouvez utiliser :

  • des études de cas ;
  • des situations-problèmes ;
  • des analyses de pratiques ;
  • des travaux en groupe ;
  • des jeux de rôle avec débriefing ;
  • des comparaisons de situations.

Le débriefing est particulièrement important.

L’activité seule ne suffit pas.

C’est l’analyse de ce qui vient de se passer qui permet de transformer l’expérience en apprentissage.

5. Évaluer

L’apprenant doit ensuite être capable de porter un regard critique sur son travail.

Il peut se demander :

  • Est-ce que mon objectif a été atteint ?
  • Qu’est-ce qui a fonctionné ?
  • Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?
  • Quels résultats ai-je obtenus ?
  • Quels critères dois-je utiliser pour évaluer ma pratique ?

Cette étape permet de développer progressivement l’autonomie.

Le formateur ne donne plus systématiquement la réponse.

Il amène l’apprenant à analyser lui-même sa pratique.

Exemples d’activités

  • grille d’auto-évaluation ;
  • évaluation entre pairs ;
  • analyse de cas ;
  • débriefing ;
  • quiz de positionnement ;
  • retour d’expérience.

6. Réajuster et progresser

La dernière étape consiste à utiliser les résultats de l’évaluation pour améliorer sa pratique.

L’apprenant identifie ce qu’il doit modifier puis recommence.

C’est une logique d’amélioration continue :

J’expérimente → j’analyse → j’évalue → je réajuste → je réexpérimente.

C’est particulièrement important dans les formations professionnelles.

L’objectif n’est pas simplement que l’apprenant réussisse un exercice pendant la formation.

L’objectif est qu’il puisse ensuite utiliser la compétence dans son environnement professionnel.

Pourquoi utiliser une pédagogie active ?

Découper une formation en étapes ne signifie pas simplement diviser un PowerPoint en plusieurs parties.

Il faut également varier les modalités d’apprentissage.

Une formation essentiellement descendante peut rapidement devenir passive.

À l’inverse, la pédagogie active place l’apprenant en situation d’action.

Le formateur ne se contente plus de transmettre.

Il fait expérimenter, réfléchir, pratiquer, analyser et verbaliser.

5 activités pour rendre une formation plus active

Les mises en situation professionnelles

Reproduisez une situation proche de celle que l’apprenant rencontrera dans son environnement de travail.

L’objectif est de faciliter le transfert entre la formation et le terrain.

Les jeux de rôle

Ils sont particulièrement adaptés aux compétences relationnelles :

  • communication ;
  • management ;
  • gestion des conflits ;
  • entretien ;
  • négociation.

La ludopédagogie

Les jeux pédagogiques peuvent être utilisés à différentes étapes de la progression.

Par exemple :

  • un jeu de cartes pour découvrir des notions ;
  • un quiz pour vérifier les connaissances ;
  • un défi pour appliquer une méthode ;
  • une étude de cas ludifiée pour analyser une situation.

Le jeu pédagogique (appelée activité ludique, en formation d’adultes) doit être choisi en fonction de l’objectif pédagogique.

Les études de cas

Elles permettent de faire travailler l’analyse et la prise de décision à partir de situations concrètes.

Le débriefing

Après une activité, prenez le temps de faire verbaliser les participants.

Que s’est-il passé ?

Qu’avez-vous observé ?

Qu’avez-vous appris ?

Comment allez-vous utiliser cette compétence dans votre travail ?

C’est souvent cette phase qui permet de transformer l’expérience en apprentissage.

Combien d’objectifs pédagogiques pour une journée de formation ?

Une autre erreur fréquente consiste à vouloir transmettre trop de choses.

Plus vous ajoutez d’objectifs, plus vous risquez de manquer de temps pour permettre aux apprenants de réellement pratiquer.

Pour une journée de formation, je recommande de limiter le nombre d’objectifs principaux.

La règle des 3

Vous pouvez vous fixer trois objectifs pédagogiques principaux maximum pour une journée.

Cela vous oblige à faire des choix.

Et ces choix sont essentiels en ingénierie pédagogique.

Votre objectif n’est pas de tout dire.

Votre objectif est de permettre à l’apprenant d’acquérir les compétences réellement nécessaires.

Comment formuler un bon objectif pédagogique ?

Les objectifs pédagogiques doivent décrire un comportement observable.

Privilégiez des verbes d’action tels que :

  • identifier ;
  • déterminer ;
  • réaliser ;
  • construire ;
  • appliquer ;
  • analyser ;
  • comparer ;
  • évaluer ;
  • concevoir ;
  • argumenter.

Soyez prudent avec des verbes comme :

« connaître »

ou

« comprendre ».

Ils sont utiles pour exprimer une intention pédagogique, mais ils sont difficiles à mesurer directement.

Posez-vous plutôt cette question :

« Qu’est-ce que l’apprenant sera capable de faire à la fin de la formation ? »

C’est cette formulation qui permet ensuite de construire vos activités et vos évaluations.

La méthode SMART pour vos objectifs pédagogiques

Vous pouvez également utiliser la méthode S.M.A.R.T. pour vérifier la qualité de vos objectifs.

Un objectif doit être :

  • Spécifique
  • Mesurable
  • Atteignable
  • Réaliste
  • Temporellement défini

L’objectif doit surtout être cohérent avec le temps disponible.

Il ne sert à rien de prévoir dix compétences à acquérir en une journée si les apprenants n’auront pas le temps de les pratiquer.

Progression pédagogique et surcharge cognitive

Le découpage en petites étapes permet également de mieux gérer la quantité d’informations présentées aux apprenants.

Lorsque trop d’informations sont transmises simultanément, l’apprenant peut avoir des difficultés à sélectionner, organiser et mémoriser les éléments essentiels.

Il est donc préférable de construire une progression qui alterne :

information → activité → pratique → feedback → réajustement.

Cette alternance permet de maintenir l’apprenant actif tout au long du parcours.

La règle essentielle : moins de théorie, plus d’expérimentation

En tant que formateur, vous pouvez être tenté de vouloir transmettre toute votre expertise.

Mais votre rôle n’est pas nécessairement de tout transmettre.

Votre rôle est de permettre à l’apprenant de développer une compétence.

C’est une différence fondamentale.

Un apprenant ne repartira pas nécessairement avec une meilleure compétence parce qu’il a vu 80 diapositives.

Il progressera davantage s’il a pu :

  • expérimenter ;
  • se tromper ;
  • recevoir un feedback ;
  • recommencer ;
  • analyser sa pratique ;
  • transférer ce qu’il a appris.

La quantité de contenu n’est donc pas un indicateur suffisant de la qualité d’une formation.

Comment construire concrètement votre prochaine formation ?

Avant de créer vos diapositives, commencez par vous poser 5 questions.

1. Quelle compétence doit être développée ?

Ne partez pas immédiatement de votre contenu.

Partez de la compétence attendue.

2. Que doit savoir faire l’apprenant à la fin ?

Formulez un comportement observable.

3. Quelles connaissances sont indispensables ?

Sélectionnez uniquement les informations nécessaires.

4. Quelle activité permettra de pratiquer ?

Cherchez une activité qui reproduit autant que possible la réalité professionnelle.

5. Comment vais-je vérifier l’acquisition ?

Prévoyez une évaluation ou une situation permettant d’observer la compétence.

Vous pourrez ensuite construire votre progression pédagogique.

Conclusion : une bonne formation n’est pas une accumulation de contenu

Découper une formation en petites étapes permet de rendre l’apprentissage plus progressif, plus lisible et plus actif.

La taxonomie de Bloom peut vous aider à organiser cette progression :

Mémoriser → Comprendre → Appliquer → Analyser → Évaluer → Réajuster.

Mais surtout, n’oubliez pas que votre objectif n’est pas de remplir votre formation de contenu.

Votre objectif est de faire progresser vos apprenants.

  1. Commencez par définir les compétences attendues.
  2. Construisez les étapes nécessaires pour permettre aux participants de les acquérir progressivement.
  3. Alternez les apports, les activités, les mises en pratique et les feedbacks.

Et laissez progressivement davantage de place à l’expérimentation et à l’autonomie.

Un bon formateur ne mesure pas la qualité de sa formation au nombre de diapositives présentées, mais à ce que ses apprenants sont réellement capables de faire à la fin.

🎥 Voir la vidéo

Retrouvez ma vidéo :

Comment je découpe ma formation en petites étapes ?

📚 Vous êtes formateur ou futur formateur ?

Je partage régulièrement des ressources et des conseils sur la conception pédagogique, la pédagogie active, la ludopédagogie, l’intelligence artificielle et le métier de formateur.

Découvrez mes ressources et formations sur EnjeuxFormations

Vous pouvez également retrouver :

L’ebook Guide Prépa TP FPA

Le coaching FPA

La newsletter

Mon profil LinkedIn

Mon Instagram